L’accès à des semences de qualité reste l’un des principaux défis auxquels font face les petits exploitants agricoles burundais. Sans un appui structuré à la production locale de semences adaptées, la diversité agricole et la résilience face aux changements climatiques sont menacées. Pourtant, les semences paysannes, issues d’une sélection naturelle sur plusieurs générations, offrent une alternative durable aux variétés hybrides et importées, souvent inadaptées aux conditions locales et aux capacités financières des agriculteurs.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les données de l’Enquête Nationale Agricole du Burundi (ENAB 2016-2017), plus de 80 % des ménages agricoles utilisent encore des semences locales. Les chiffres récents de la saison culturale 2020A montrent que les semences améliorées restent largement inaccessibles à une majorité de producteurs. Par ailleurs, en 2022, la base de données de l’ONCCS relevait que seulement six espèces de cultures étaient multipliées par des particuliers ou importées par certaines organisations, limitant ainsi le choix des agriculteurs et accentuant leur vulnérabilité.
Le constat est sans appel : la diversité des espèces et variétés locales est en train de disparaître au profit d’un modèle standardisé qui favorise une dépendance accrue aux semences commerciales. Ce phénomène compromet la souveraineté alimentaire du pays et affaiblit la capacité des ménages à s’adapter aux aléas climatiques. Pourtant, la solution existe : un soutien accru aux paysans semenciers locaux, une reconnaissance légale des semences paysannes et un renforcement des dispositifs de distribution de semences adaptées aux réalités agroécologiques du Burundi.
Dans un pays où l’agriculture occupe plus de 80 % de la population active, avec une répartition moyenne de 0,5 hectare par ménage, l’urgence est d’intégrer ces préoccupations dans les politiques agricoles nationales. La reconnaissance institutionnelle et la valorisation des semences locales ne sont pas seulement une question de conservation du patrimoine agricole, mais un levier essentiel pour assurer la sécurité alimentaire et économique des petits producteurs.
Le leadership actuel est conscient de cette préoccupation, comme en témoignent les différentes interventions des autorités encourageant l’utilisation des semences locales. Toutefois, leur prise en compte dans la loi semencière reste une priorité pour garantir un soutien durable et structuré à cette filière essentielle.
Protéger les semences paysannes, c’est garantir un avenir durable à l’agriculture burundaise et préserver l’indépendance de ses paysans.
Cyriaque NTACONZOBA