Le yuan entre dans les circuits officiels du commerce burundais

C’est désormais officiel. Les entreprises burundaises pourront régler leurs importations depuis la Chine en yuan chinois (CNY). Dans une note adressée aux banques commerciales le 31 juillet dernier, la Banque de la République du Burundi (BRB) annonce l’ouverture d’une phase pilote impliquant vingt entreprises productrices, dans le cadre d’une stratégie de gestion des réserves visant à diversifier les devises utilisées dans les échanges commerciaux.

La mesure, inédite dans le pays, vise à soulager un marché local étranglé par la rareté du dollar américain, notamment pour les opérateurs du secteur productif qui s’approvisionnent régulièrement en Chine.

Le Burundi suit la vague de la dédollarisation

La décision burundaise s’inscrit dans une dynamique mondiale plus large. Depuis plusieurs années, la Chine pousse activement à l’internationalisation de sa monnaie, le yuan, pour réduire la domination du dollar dans le commerce mondial. Cette tendance s’est accélérée depuis le conflit russo-ukrainien, la militarisation du système financier international et la montée des tensions sino-américaines.

Plusieurs pays d’Afrique — dont le Zimbabwe, l’Angola ou l’Égypte — ont déjà commencé à régler certains contrats en yuan, particulièrement avec des entreprises chinoises opérant sur leur sol. Le Burundi devient ainsi l’un des rares pays d’Afrique de l’Est à inscrire formellement le yuan dans son circuit bancaire national.

Un partenaire incontournable pour Gitega

Selon les données du site spécialisé OEC (Observatory of Economic Complexity), le volume des échanges commerciaux entre le Burundi et la Chine dépasse aujourd’hui les 100 millions de dollars par an, principalement sous forme d’importations. La Chine fournit à Bujumbura des matériaux de construction, équipements industriels, véhicules, produits pharmaceutiques ainsi que divers biens de consommation courante.

En retour, selon la même source, les exportations burundaises vers la Chine restent modestes, concentrées essentiellement sur le thé, le café et, dans une moindre mesure, certains minerais. En 2022, elles représentaient environ 9 millions de dollars, contre plus de 100 millions d’importations chinoises. La Chine étant aujourd’hui le deuxième fournisseur du Burundi, représentant 14 % des importations totales du pays, derrière les Émirats arabes unis (16,8 %) mais devant les pays européens ou nord-américains

Une mesure qui répond à l’urgence monétaire

Sur le terrain, cette décision répond à une réalité : 80 % des opérations d’importation se font désormais via le marché noir du dollar, selon la Chambre Fédérale du Commerce et de l’Industrie du Burundi (CFCIB). Les opérateurs dénoncent un accès quasi impossible aux devises sur le marché officiel, avec des taux de change prohibitifs atteignant parfois 7 000 BIF pour 1 USD en dehors du système bancaire.

En introduisant le yuan comme alternative de paiement, la BRB entend détourner une partie de la pression sur le dollar, faciliter les transactions vers un partenaire commercial majeur, et entamer une transition progressive vers une gestion multidevise des importations.

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